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A mesure que la diffusion de l’Internet progresse et que ses services s’étendent à la plupart des sphères de la vie économique et sociale, privée et professionnelle, l’hypothèse d’une société de l’information « à deux vitesses » devient plus préoccupante pour les acteurs publics. Les politiques publiques tentent de contribuer au développement du marché des TIC mais elles doivent en permanence se questionner sur les risques de décalage entre les objectifs poursuivis et les moyens employés. Elles doivent prendre en compte les difficultés de l’e-inclusion, c’est-à-dire comprendre pourquoi des personnes peuvent se trouver en situation d’exclusion numérique et promouvoir des actions TIC pour atteindre des objectifs d’inclusion plus larges.
Dans cet objectif, la Région Aquitaine soutient le programme engagé par plusieurs laboratoires des Universités de Bordeaux 1, 2 et 3 de recherches appliquées pluridisciplinaire sur l’analyse des usages de l’Internet. Elle a également contractualisé un partenariat avec la Fondation Internet nouvelle génération (FING) qui, par son savoir-faire et sa connaissance de l’état de l’art, participera avec les différents acteurs aquitains à leurs travaux de réflexion, de mise en réseau, d’élaboration conceptuelle de projets spécifiques.
La Région peut s’appuyer sur les travaux du groupement de chercheurs de l’Université Bordeaux 3 baptisé Raudin (Recherches Aquitaines sur les Usages pour le Développement des dIspositifs Numériques).
Raudin résulte d’une dynamique concertée entre chercheurs en sciences humaines et sociales de l’Université de Bordeaux. Les activités de ce groupement de chercheurs s’inscrivent dans l’axe 2 du programme FEDER « Développer les TIC au service de la société de l’information » et sont cofinancées à ce titre par le FEDER, la Région Aquitaine et l’Université de Bordeaux.
Cinq axes de recherche structurent le projet :
Les activités de recherche et de valorisation contribuent aux quatre attendus de ce programme :
En 2011, Raudin accompagne la Région Aquitaine sur la problématique du déploiement du télétravail dans les territoires en produisant notamment une enquête auprès des PME aquitaines.
Une première étude sur les non-internautes aquitains a déjà été conduite et est accessible dans un site dédié :
http://www.non-internautes-aquitains.com/.
Deux enseignements essentiels sont à retirer de ce rapport : le nombre des non internautes aquitains est en baisse, et c’est essentiellement la méconnaissance de l’outil et le manque de confiance en eux qui gênent l’accès de ces personnes à Internet. Voir l’actualité sur ce sujet
Le diagnostic 2009 de l’AEC met en lumière les 7 catégories de non internautes :
Voir le diagnostic 2009 dans le site de l’AEC
Par ailleurs, la Fing a remis à la Région Aquitaine une première base d’analyse des usages des TIC et des orientations à imprimer à l’action publique.
Cette contribution de la FING est destinée aux travaux entrepris par le secteur académique de la recherche en sciences humaines et sociales en Aquitaine dans le domaine de l’analyse des usages des TIC.
Force est de constater aujourd’hui que les TIC ne sont plus simplement un ensemble d’outils techniques mais les outillages d’un ensemble de pratiques sociales et de services privés et publics, que leur maîtrise est souvent nécessaire pour les hommes et femmes de tous âges, et que leur non-maîtrise subie est une cause de difficultés, voire d’exclusion des publics les plus fragiles, les plus dépendants ou les moins adaptés au monde contemporain.
Une non-maîtrise qui contribue de surcroît de manière patente à la perte de productivité (et donc au décrochage compétitif de pans de l’activité économique) comme à l’obsolescence coûteuse de certains services rendus aux publics.
Il est inconcevable de mener aujourd’hui une politique publique TIC sans prendre en compte les difficultés de l’ « e-inclusion », défini par les instances de l’Union européenne comme un objectif prioritaire.
Les causes de non-usage d’Internet ont été identifiées par nombre d’études, qui pointent la diversité des facteurs et des difficultés rencontrées. Les actions publiques ont d’ordinaire pris en considération trois facteurs (économique, géographique et d’apprentissage), qui ne sont pas forcément les seuls en cause :
- la difficulté économique est probablement la plus présente dans les esprits : les non-usagers n’auraient pas les moyens d’accéder aux équipements et au réseau. De rares initiatives vont dans le sens de l’aide à l’équipement [1] (notamment via les collégiens dans quelques départements) ou à la connexion (notamment via les bailleurs dans quelques ensembles d’habitat social). Ce sont le marché et les évolutions technologiques qui réduisent les coûts ;
- la couverture géographique des réseaux crée un important décalage entre les zones denses, notamment les plus solvables, et les autres. Les politiques publiques d’aménagement numérique des territoires ont parfois pris en compte ce facteur en améliorant les conditions de la concurrence ;
- la politique publique la plus lisible est celle de l’accès public à Internet, avec le soutien à quelques milliers d’espaces publics numériques en France. Les résultats de cette politique sont intéressants et mitigés : le portage par les acteurs publics et associatifs est souvent insuffisant, la précarité des animateurs est un frein, l’approche étanche du champ TIC par rapport aux besoins sociaux des publics les plus éloignés est une limitation, et on a la certitude que la masse critique ne sera jamais atteinte par ce moyen. Néanmoins il serait illusoire de croire que ces lieux ont achevé leur mission (l’évolution des TIC les confronte à une cible mouvante) et qu’il faudrait les laisser s’affaiblir aujourd’hui, compte tenu du vivier humain que représentent leurs animateurs et de l’intérêt de leur maillage territorial.
D’autres politiques TIC peuvent avoir un impact sur le développement des « usages », à commencer par les politiques TICE (Techniques d’information et de communication pour l’enseignement) d’équipement et de connexion des établissements scolaires. L’intégration des TIC parmi les apprentissages ordinaires des élèves a naturellement un fort impact, même si l’observation révèle des décalages persistants (entre enseignants et entre matières, et entre élèves connectés à domicile ou non).
- les difficultés « cognitives » (la difficulté d’abstraction, les difficultés de langage, la complexité d’usage des interfaces informatiques, à commencer par celles de l’ordinateur et des logiciels les plus courants), qui appellent éventuellement des travaux sur l’amélioration de l’offre elle-même (par le design et la technologie), de la médiation et de l’orientation ;
- les questions « générationnelles », sur lesquelles le regard évolue (résignation de générations perdues, constat de forts usages de seniors équipés d’appareils photos numériques, questionnements sur les opportunités « TIC et dépendance ») mais sur lesquelles l’action reste modeste (quelques initiatives intergénérationnelles, notamment) ;
- les difficultés des dirigeants (de très petites et moyennes entreprises TPE-PME, d’associations, de services publics,…) de la société « pré numérique », dont l’adaptation aux TIC est mal accompagnée (problèmes d’échelle et de modalités pour les chefs d’entreprises traditionnelles, notamment) et dont l’effet d’entraînement est important ;
- les difficultés d’insertion sociale, qui légitimaient la formation du terme « fracture numérique », déclinée de la fracture sociale. A part une aide modeste à de trop rares projets (ATD Quart Monde), les politiques publiques ont largement ignoré les publics en difficulté.
Globalement, l’approche « e-inclusion » n’est guère mise en place, notamment dans son volet consistant à « e-équiper » les politiques sociales.
L’instrumentalisation du terme de « fracture numérique », volet-alibi des programmes TIC, semble manquer pour le moins de consistance : on ne peut pas souvent dire que les actions entreprises cherchent à aider ceux qui en ont le plus besoin.
Enfin, les difficultés d’usage des personnes équipées et connectées, connues de chacun par expérience personnelle, sont aujourd’hui peu traitées. L’abondance de l’offre, son extension aux services publics et à la recherche d’emploi, son évolution rapide due à un contexte d’innovation permanente, deviennent des facteurs de désarroi pour les publics qui, ayant surmonté les premières difficultés, peinent à rester à niveau, techniquement (mises à jour matérielles et logicielles, problèmes de sécurité), en tant que clients de services toujours plus complexes dans leurs modalités et leur tarification, et socialement (rapports de forces et mise en difficulté permanente face aux enfants, aux jeunes collègues, aux concurrents plus habiles).
A mesure que les TIC s’insèrent dans notre quotidien et se combinent avec le remplacement des guichets et boutiques par des centres d’appel, avec l’explosion des services mobiles et des dispositifs technologiques quotidiens, le stress des usagers risquent fort de croître.
La plus grande confusion règne sur les indicateurs du développement numérique ; le taux de pénétration reste le plus couramment admis (et renforce une vision binaire de l’accès et du non-accès) alors même qu’il rend mal compte des difficultés évoquées plus haut. Des non-usagers peuvent être de bons usagers indirects (cf. users by proxy, recherche sur les « non-Internautes » d’Aurélie Laborde et Nadège Soubiale, GREC/O – GREM, Groupe de recherche en communication des organisations - Grec/o Université de Bordeaux 3), d’autres peuvent être, sans pouvoir l’avouer, en réelle difficulté d’évolution.
L’objectif d’une couverture maximale est insuffisant, il manque aussi de justesse : plutôt que des utilisateurs connectés, c’est certainement de citoyens autonomes dans leur usage qu’il faudrait parler, et d’une diminution de l’usage et du non-usage subis au profit d’une part accrue de choix.
Il s’agit d’armer les usagers plutôt que d’étendre le marché : l’acteur public se doit de choisir son camp, qu’il s’agisse d’éducation et de culture, de services publics et d’emploi, ou de tous autres types de services. Il s’agit aussi de prêter attention à la fertilité sociale de l’Internet, notamment par ses interférences possibles avec les maillages territoriaux et associatifs.
Une reformulation pertinente des objectifs et des moyens de l’action publique est donc souvent nécessaire, préalable à l’identification d’indicateurs partagés. Si les diagnostics existants sont d’un précieux concours pour l’évaluation des performances des politiques à venir, ils doivent néanmoins être éclairés par des travaux complémentaires dont la commande doit être formulée par l’acteur public en appui sur les porteurs des politiques sociales non-numériques, sur une expertise scientifique interdisciplinaire.
L’ensemble des actions de développement numérique doit dès lors essayer de tirer le meilleur parti des travaux de la recherche en sciences humaines et sociales (SHS) en matière de TIC.
Pour la Région Aquitaine, il y a ainsi lieu d’en attendre, notamment, des apports critiques, analyses et commentaires indépendants, clés de lectures, sur les perceptions, les usages, les projections sociales relatives au numérique. Pour la FING, cette prise en compte de la recherche SHS et sa mise en relation avec les acteurs publics et les acteurs de l’innovation est une priorité, déclinée d’ores et déjà sous diverses formes (au sein des projets et programmes d’action, lors des Universités de printemps, dans le cadre des travaux de prospective, ou à la faveur d’actions spécifiques comme « Chercheurs et Territoires »).
Or, il apparaît qu’aujourd’hui les acteurs de la recherche SHS sont en général relativement isolés au sein de leurs disciplines et de leurs établissements, peu connus des autres acteurs ; leurs travaux sont peu diffusés et donnent lieu à peu d’échanges. Pour participer en Aquitaine à l’amélioration de cette situation, il est nécessaire de favoriser encore le développement des contacts et échanges déjà entrepris par le milieu de la recherche académique lui-même, notamment en liaison avec les travaux thématiques amorcés au sein des groupes de travail mis en place au sein du Pôle aquitain pour la société de l’information (PASI).
Partenaire de la Région Aquitaine, la FING dispose d’une posture adaptée pour participer à cette mobilisation collective, dans la mesure où sa position institutionnellement et intellectuellement indépendante l’autorise à entretenir un dialogue « sans apprêt » avec les acteurs de la recherche. Dialogue d’autant plus légitime que son expérience en la matière et sa connaissance vigilante de l’ « état de l’art » (état des travaux de recherche, repérage des alertes et tendances mondiales) lui donne une position de « tiers de confiance », sachant qu’elle n’entre pas en compétition avec les équipes de recherche.
Elle aura pour objectif :
Des personnes peuvent se trouver en situation d’exclusion pour diverses raisons : âge, handicap, situation géographique, environnement culturel, niveau d’éducation, revenus, sexe, etc.
« E-Inclusion » signifie à la fois des TIC inclusives et l’utilisation des TIC pour atteindre des objectifs d’inclusion plus larges. Elle se concentre sur la participation de tous les individus et communautés à tous les aspects de la société de l’information. C’est pourquoi la politique d’e-Inclusion vise à réduire les fossés subsistant dans l’utilisation des TIC et à promouvoir l’utilisation des TIC pour vaincre l’exclusion et à améliorer les performances économiques, les possibilités d’emploi, la qualité de la vie et la participation et la cohésion sociales.
[1] Depuis juin 2008, la Région Aquitaine met gratuitement des ordinateurs portables à la disposition de lycéens défavorisés-> http://region.aquitaine.fr/politiqu...