Assises de la médiation numérique, retours d’Ajaccio

25 octobre 2011

Illustration de l'actualité : Assises de la médiation numérique, retours d'Ajaccio

La délégation TIC TIC Les technologies de l’information et de la communication (TIC) regroupent les techniques utilisées dans le traitement et la transmission des informations, principalement de l’informatique, de l’Internet et des télécommunications.

Par extension, elles désignent un secteur d’activité économique.

source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Techno...
était présente aux Assises de la médiation numérique qui se sont tenues à Ajaccio en septembre et propose un compte rendu de sa participation.

    Contexte et objectifs

Face aux écarts (générationnels, de revenus, de qualification, géographiques, d’accès aux équipements, d’usages ) dans les pratiques numériques, quel sens prend « l’accès pour tous au numérique » ?

Quelles organisations collectives sont encore nécessaires ?

Quelles nouvelles formes de médiations numériques se mettent en place ?

Que deviennent les Espaces Publics Numériques EPN dans ces transformations et la multiplication des formes de « tiers lieux de pratiques numériques » ?

Quels rôles joueront-ils dans l’accompagnement de tous les publics vers de nouvelles formes de citoyenneté numérique ?

Comment les métiers d’accompagnement social et de médiations culturelles intègrent-ils les médiations numériques dans leurs missions ?

Lors des rencontres d’Autrans de 2011, le constat a été fait d’une grande vitalité des acteurs de médiations numériques de proximité, d’une demande forte de « lieux de pratiques numériques », et, dans le même temps d’un besoin de renouveler une compréhension commune des missions d’une variété d’acteurs (acteurs sociaux, éducatifs, culturels, associatifs, politiques).

Les Assises ont rassemblé pendant 3 jours 150 professionnels issus d’associations, d’espaces publics et centres d’animations multimédias, de collectivités territoriales (Régions PACA, Rhône Alpes, Ardesi, Artesi, Aquitaine, Corse, Basse Normandie / Départements de la Nièvre, Haute Corse, Lot / Agglo de Saint Lô) syndicats mixtes (Manche Numérique), centres de recherche , consultants... venus de la France entière, afin de poursuivre trois objectifs :

  • Interroger l’évolution des missions des acteurs dans une perspective ouverte et élargie à l’ensemble des parties-prenantes,
  • Construire les transformations souhaitables de la médiation numérique, en s’inscrivant dans une réflexion prospective
  • Co-construire un livre blanc de la médiations numérique, support de partage méthodologique

A partir des contributions préalables aux Assises et des ateliers qui se sont tenus pendant, une première version d’un livre blanc sera diffusé pour appel à contributions en vue d’une rédaction finale. Le calendrier des livrables n’a pas été clairement donné.

    Vers une définition de la médiation numérique

En préalable aux chantiers de réflexion, un premier moment a été consacré à une tentative de définition de la médiation numérique comme base d’un cadre de réflexion commun. Exercice réalisé par Philippe Cazeneuve, consultant sur les usages numériques.

Définition proposée : « La médiation numérique consiste à accompagner des publics variés vers l’autonomie, dans les usages quotidiens des technologies, services et médias numériques ».

Philippe Cazeneuve est tout d’abord revenu sur la notion de fracture numérique pour la contester et lui préférer celle de fossé numérique. Dans son interprétation, le fossé numérique renvoie, à l’inverse de la fracture, à la notion de protection et permet donc d’inclure les personnes qui ne veulent pas se rallier à la société de l’information. Par ailleurs, le fossé peut être déplacé ou franchi en fonction des usages.

L’aménagement numérique du territoire ne suffit donc pas sauf s’il intègre l’aménagement des fossés.

Il est ensuite revenu sur le concept d’e-inclusion ou d’insertion sociale via le numérique ; exprimant que ce devait être un moyen et non une fin, l’objectif de l’e-inclusion devant rester l’accompagnement des personnes vers l’autonomie.

Ce principe s’appuyant sur la notion de digital literacy élaborée par l’OCDE (en 2000) : aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison et au travail.

Elle rejoint aussi celle d’empowerment ou capacitation, qui vise à « rendre les gens capables ».

En effet la médiation contribue à améliorer un rapport originellement conflictuel entre des personnes et des technologies. Médiation numérique et médiation culturelle ont un positionnement commun, elles se situent toutes les deux dans le champs de l’éducation informelle.

Représentation de la médiation culturelle :

Par extension ou analogie, la représentation de la médiation numérique peut être :

Rappel : le médiateur ne prend pas parti. Il est neutre au regard des technologies employées.

Si dans cette approche, la médiation numérique s’adresse à des publics variés, elle peut ou doit s’adresser en priorité à des publics éloignés.

L’objectif ne devient plus ainsi nécessairement apprendre l’informatique mais apprivoiser le numérique, le domestiquer, à l’instar du Renard dans le Petit Prince.

La médiation numérique a dans ce cadre pour objet de créer des environnements facilitant l’acquisition et le développement d’une culture et de compétences numériques.

Au-delà du sujet lui-même, l’apprentissage ou l’apprivoisement du numérique a un impact psycho-culturel important puisqu’il modifie les paradigmes de l’apprentissage du fait qu’il est fondé sur la notion d’essai-erreur. L’apprenant n’est plus condamné à réussir à tout prix.

Quelle évolution pour le concept de médiation numérique ?

La médiation numérique semble aujourd’hui moins focalisée sur les questions de technologies mais plus sur les questions de contenus. Le risque est que la médiation devienne un « mot Valise » , c’est-à-dire pouvant signifier tout et son contraire.

L’enjeu est donc que ce concept de médiation numérique devienne un véritable mot outil, c’est-à-dire qu’il donne du sens à l’action, des repères.

Voir la pré-présentation de l’intervention de Philippe Cazeneuve dans son blog

Après cette présentation, Thanh Nghiem a abordé la question des Médiations libres et durables à travers des exemples de territoires d’innovation.

Elle est longuement revenu sur la notion d’intelligence collective (le tout est plus que la somme des parties), qu’elle développe en grande partie dans son livre Des abeilles et des hommes.

Elle a abordé les notions de maître ignorant (qui accompagne pour vérifier l’information), de Proam (professionnels amateurs), H2H human to human, DIY do it yourself, de consommation collaborative, new sharing economy (modèle qui permettrait d’économiser 90% de l’empreinte écologique).

Quelques exemples de marques basées sur les communautés (« we-based band »)ont été cités

Le site de thanh-nghiem : http://thanh-nghiem.fr

    Les thématiques explorées

1- Comment accompagner la construction des cultures, patrimoines et identités numériques ?

2- Nouveaux services, politiques publiques, quelles médiations nécessaires à un accès pour tous ? Plus globalement l’e-administration.

3- L’innovation sociale : des nouvelles formes de travail aux nouvelles organisations collectives, qui accompagne ?

4- Quelles médiations possibles pour une réelle inclusion (numérique) ?

5- De l’expression citoyenne à la démocratie numérique, quelle place aux médiations ?

6- Citoyens et collectifs apprenants, quelle éducation et formation sont-elles nécessaires ?

Ces thématiques ont été explorées dans des ateliers pendant trois jours selon trois phases :

  • 1 Brainstorming pour dégager des propositions de chantiers.
  • 2 Le comité a sélectionné 10 chantiers qui ont donné lieu ensuite à des constructions de maquettes (design de la pensée...) Les 10 chantiers :
  • L’EPN (espace public numérique) entre l’usager et l’administration
  • L’EPN collecte, indexe et valorise le bien commun
  • Le médiateur numérique artisan du dialogue et de la co-construction entre élus et citoyens
  • Les dénominateurs communs de la médiation numérique à l’échelle européenne
  • La place de la médiation numérique au sein de l’éco-système de l’insertion sociale
  • Médiation numérique hors les murs
  • L’EPN devient un incubateur d’initiatives locales
  • La médiation numérique comme levier de développement des pratiques collaboratives
  • La médiation numérique comme catalyseur d’une expression créative
  • Les communautés apprenantes, outil de la médiation numérique sur le territoire
  • 3 Les résultats de ces 10 chantiers ont été mis en diaporama ou/et vidéos.

Les vidéos et diaporama sont accessibles dans http://www.youtube.com/user/assmednum

Les deux chantiers suivis par les membres de la délégation TIC TIC Les technologies de l’information et de la communication (TIC) regroupent les techniques utilisées dans le traitement et la transmission des informations, principalement de l’informatique, de l’Internet et des télécommunications.

Par extension, elles désignent un secteur d’activité économique.

source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Techno...
 : L’EPN collecte, indexe et valorise le bien commun et Médiation numérique hors les murs.

Chantier : L’EPN collecte, indexe et valorise le bien commun

L’activité a consisté à représenter un cas d’animation dans un village. Grâce à l’animateur de l’EPN, les habitants recherchent dans leurs archives personnelles de vieux documents, de vieilles photos, films etc. Ils apprennent à les numériser. Ces données sont stockées sur un serveur et mises en partage. Elles sont valorisées dans un site Internet et dans des expositions dans le village.

Si le processus d’animation dans le village a été bien décrit, en revanche, le rôle de l’animateur dans ce processus n’a pas été très exploré. Ce qui a été en partie également mis de côté, c’est l’aspect respect des normes, règles et contraintes juridiques. Par ailleurs, étaient présents dans cet atelier des agents d’un service archives du patrimoine d’une collectivité qui ne se retrouvaient pas bien dans ce processus car la relation avec les chercheurs et le bénéfice que pourrait en tirer un service d’inventaire du patrimoine n’était pas pris en compte.

Ce qu’illustre cette posture, c’est la difficulté qu’il y a à inclure l’animateur numérique dans un processus plus global en lien avec d’autres EPN, voire d’autres instances (collectivités territoriales, etc).

Par ailleurs, des questions sont restées en suspend : qui décide des contenus à collecter et à valoriser, à partir de quels critères ?

La notion de médiation est restée à un niveau hyperlocal.

Chantier : Médiation numérique hors les murs

Pour tenter de donner du sens à des échanges parfois désordonnés, le groupe a réalisé cette petite vidéo en stop motion, hors les murs du Palais des Congrès !

Tous les chantiers

http://assmednum.prototype.lab.upon-idf.org/page/co-creation

    Conclusion

Une dimension qui est ressortie de manière évidente et prégnante des débats, ateliers et discussions off, est le besoin de reconnaissance d’un statut du médiateur numérique.

En effet, selon les territoires, un médiateur numérique peut être amené à jouer plusieurs rôles : formateur, animateur culturel, relai de service public (guichet secondaire), etc.

Cette absence de statut unifié met également en exergue la diversité des sources de financement et le besoin de structurer cet aspect-là aussi.

Le livre blanc qui devrait émerger de ces assises devrait permettre de clarifier le ou les rôles d’un médiateur numérique.

Mais d’ores et déjà, on peut entrevoir certaines pistes de réflexion sur ce sujet : besoin de structurer un réseau des médiateurs numériques (amorce avec le réseau des territoires numériques constitué http://numerique.aquitaine.fr/-10-L... ) ; s’appuyer sur les médiateurs numériques pour relayer des actions régionales (Open Street Map et autres) ; élaborer des projets régionaux en concertation avec les médiateurs numériques ; repenser les outils de formation en direction des médiateurs numériques ; prioriser la notion de réseau sur celle de lieux d’accueil ; élargir la notion de médiateur numérique ou inclure le médiateur numérique dans un rôle plus de médiateur culturel et social ; etc.

Plus globalement une question de fond demeure : quelle est l’utilité sociale des EPN et comment la démontrer ? La médiation numérique a-t-elle toujours un sens ou doit-elle devenir une activité des autres médiateurs locaux ?