Télétravail et entreprises aquitaines

Une étude sur le télétravail et les entreprises aquitaines a été menée d’avril 2011 à janvier 2012 par la Région Aquitaine et l’Université de Bordeaux 3. Son objectif était d’identifier la pratique et la perception de ce mode d’organisation du travail dans des entreprises de différentes tailles.

L’étude a été conduite en deux phases successives :

    Les principaux enseignements

  • La pratique est connue (8/10) et est employée à des fins de flexibilité du travail pour des besoins ponctuels.
  • Près des 2/3 (6,4/10) des entreprises enquêtées voient dans le télétravail avant tout l’amélioration de la qualité de vie de leurs salariés avec une meilleure conciliation de leur vie privée et de leur vie professionnelle). 2/5 des établissements enquêtés considèrent que le télétravail améliore les objectifs de productivité.
  • 1/5 des établissements considère adopter la pratique du télétravail d’ici 5 ans, essentiellement pour améliorer la qualité de la vie de leurs salariés (8,3/10) et la productivité de l’établissement (1/2).
  • Mais pour un peu plus de la moitié des enquêtés (5,3/10) le télétravail ne les intéresse pas : non adapté à leurs métiers, peu d’intérêt ou méconnu.

Pour autant le nombre de salarié(e)s concerné(e)s par le télétravail reste faible dans les PME (1 à 5 salarié(e)s). La mise en place d’une politique interne de télétravail dans de grandes entreprises peut concerner plus de salarié(e)s à terme (au moins 31 à 50) pour Orange ou Suez Environnement - Lyonnaise des Eaux.

Les secteurs d’activité employant le plus la pratique du télétravail sont liés à la gestion - conseil et à l’informatique (2,8/10 chacun). Néanmoins le télétravail est pratiqué dans d’autre secteurs d’activité comme le commerce, le graphisme, l’édition de livres, l’ingénierie et l’architecture ou encore l’enseignement.

Les salariés en télétravail ou amenés à le pratiquer se servent quotidiennement d’ordinateurs et exercent des métiers dans l’administratif, la comptabilité, le management ou sont commerciaux (dans ce cas il s’agit plus d’une évolution de leur métier). Le télétravail est moins fréquemment utilisé pour les postes techniques d’exécution ou de conception / développement, communication ou relations publiques sont également concernés.

C’est avant tout la compatibilité d’un travail ponctuel ou fréquent réalisable hors des locaux de l’entreprise qui détermine le choix ou non de la pratique, plutôt que l’activité de l’entreprise ou le métier des salariés eux même.

L’un des principaux freins reste la conception du management à la française tourné vers la surveillance plutôt que vers l’encadrement du travail (4,3/10) : l’équipe de salariés est physiquement rassemblée autour de son manageur dans les locaux de l’établissement. C’est le cas pour 1/4 des chefs d’entreprise ne souhaitant pas le télétravail : ils craignent de mettre à mal le fonctionnement actuel de leurs équipes en intégrant cette pratique.

La plupart des reproches faits au télétravail découle de mauvaises pratiques : un passage de travail classique à du télétravail à temps complet mal préparé, aucun ou très peu de contact avec les collègues, mauvais management avec des missions mal définies ou une surcharge de travail, etc.. Logica et Témésis, par exemple, ont adapté leur organisation du travail pour répondre à ces problèmes ou mis en place mis en place une application créatrice de lien social (visioconférence, téléphonie, messagerie, etc.).

Les responsables des établissements ne télétravaillant pas s’interrogent d’une part sur la qualité des débits disponibles dans ces nouveaux environnements de travail (4/10) et, d’autre part sur les coûts de mise en place de lignes sécurisées et la compatibilité des outils de travail à distance avec leurs systèmes actuels (3,8/10).

Les autres réticences à la pratique du télétravail portent sur un manque d’information (4,5/10), sur une règlementation peu protectrice pour l’employeur et l’employé(e) (en cas accident du travail par exemple) et sur la difficulté de mettre en place un système d’évaluation efficace pour mesurer avantages et inconvénients de la nouvelle pratique expérimentée (3,5/10). Le télétravail apparaît plus comme un révélateur des problèmes existants lors de son adoption que générateur de nouveaux problèmes. Le télétravail agit comme une sorte de révélateur des dysfonctionnements existant dans l’établissement : défaut d’organisation et/ou de communication.

    Le choix du lieu : à domicile ou dans un espace dédié ?

1/4 des établissements ne pratiquant le télétravail considèrent que les pouvoirs publics devraient soutenir la création de tiers-lieux pour télétravailler. Les entretiens font apparaître plusieurs tendances dans le choix du nouveau lieu de travail :

Pour les salarié(e)s :

  • À domicile de préférence pour des raisons économiques, l’employeur ne voyant pas forcément l’intérêt de payer un second bureau dans un tiers-lieu.
  • Néanmoins l’employeur peut considérer un tiers-lieu si leur salarié(e) préfère un lieu de travail non isolé avec un cadre de travail plus professionnalisé (espace de co-working/ télécentre) ; à la stricte condition que l’environnement de travail soit sécurisé comme pour leurs locaux.

Pour les indépendants, le télétravail dans les tiers-lieux permet :

  • De compenser un sentiment d’isolement dans la pratique de leur métier.
  • De mutualiser compétences complémentaires, moyens, et outils de travail.
  • D’accueillir convenablement des clients dans un local professionnalisé unique.
  • De pratiquer une ‘fertilisation croisée’ des connaissances et des compétences afin de s’associer et de décrocher plus de contrats (en nombre ou en importance).

La pratique du télétravail et la création de tiers lieux doivent s’inscrire dans une logique plus large de politique de développement, à la fois dans l’entreprise et sur les territoires. Redynamiser l’économie en conservant l’innovation et les emplois là où ils sont sur les territoires périurbains et ruraux, au lieu de l’actuelle concentration des activités tertiaires sur les principaux pôles urbains départementaux. Le télétravail contribue donc d’une manière efficace à notre objectif de développement durable en désengorgeant nos villes et nos axes de circulation.

Au-delà de l’Aquitaine, le département de la Loire a déjà mis en place cette politique de modernisation économique et entrepreneuriale, tout comme ceux du Cantal, du Gers et de l’Orne (relocalisation de l’activité en zone rurale) ou la Région Midi-Pyrénées, avec notamment un réseau de télécentres.

La pratique du télétravail est employée par les collectivités territoriales à la fois pour désenclaver économiquement leurs territoires en réimplantant de l’activité dans le tissu local, et pour réduire l’impact écologique des activités humaines (plans climat-énergie).

A ce jour aucun des établissements enquêtés pratiquant le télétravail ne regrette ce choix. En effet, cette réalité que devient le télétravail est très majoritairement évaluée positivement par l’ensemble des acteurs, pour autant que les processus mis en œuvre soient fondés sur le volontariat des salariés, la réversibilité, et l’alternance du travail en entreprise et à distance (domicile ou espace dédié).

    Plusieurs questions restent posées

1)Les contradictions de l’accessibilité au télétravail dans l’établissement :

  • Quelle ancienneté et quelle insertion dans l’établissement pour débuter la pratique ?
  • Quelles fonctions peuvent être objectivement télétravaillées et à quelle fréquence ?
  • Le sexe de l’actif a-t-il une influence sur l’accessibilité à la pratique dans l’entreprise ?
  • La stratégie de fragmentation des services des grandes entreprises avec des spécialisations territoriales (service client, centre d’appel, etc.) : avec la dématérialisation des données, seules des lignes sécurisées vers un tiers-lieu de télétravail manquent pour relocaliser l’actif. Le télétravail existe en entre les services mais pas dans l’organigramme des services.

2) Les codes sociaux informels internes à l’entreprise en contradiction avec le télétravail :

  • Le présentiel fait loi : être physiquement présent dans les bureaux pour exister.
  • L’adaptabilité constamment demandée aux salarié(e)s dans leur emploi du temps et dans leur mobilité avec peu d’engouement pour le télétravail.

3) Quelle socialisation par l’échange à distance dans l’entreprise ?

  • Les outils numériques (visioconférence, etc.) ne peuvent se substituer au présentiel : où mettre le curseur ?
  • Quelle est la distance entre la réalité et le média dans l’échange ?
  • Est-ce une question générationnelle avec les réseaux sociaux actuels ?
  • Quels rapports sociaux et quelle place pour ceux-ci dans l’échange à distance (strictement professionnel, vie de l’entreprise, etc.) ? Les usages de communication iront-ils au-delà du professionnel ?

4) Quel impact écologique réel ? Ne pas devoir se déplacer réduit réellement les déplacements ? Cela questionne le comportement de chacun.

Pour mémoire, 55 entreprises régionales du secteur tertiaire ont répondu au questionnaire en ligne ouvert par la Région pendant plus d’un mois en avril 2011. L’enquête a été organisée en deux temps : · analyse quantitative des données recueillies (mars à juin 2011) · analyse qualitative ciblée auprès d’un panel d’entreprises à travers des entretiens individualisés (juin à novembre 2011)

    L’intégralité de l’étude

Détail de la démarche et des résultats de l’enquête dans le document PDF ci-joint, publié sous licence CC BY NC SA.

PDF - 4.4 Mo
Rapport final enquête télétravail aquitain RAUDIN

Table des matières :

  • I/ Le télétravail en France, entre définition officielle et réalité
  • I.1/ Les grands principes du télétravail
  • I.1.1/ Une pratique durable
  • I.1.2/ Une reconnaissance légale depuis 6 ans en France.
  • I.1.2.1/ Définition du télétravail reconnue en France.
  • I.1.2.2/ Un projet de loi sur le télétravail, moins protecteur, en suspend depuis 2009
  • I.2/ Etat des lieux de la pratique : des estimations variables
  • I.2.1/ Etat des lieux en France
  • I.2.2/ Etat des lieux en Aquitaine
  • I.3/ Une pratique de télétravail répandue qui ne dit pas son nom.
  • I.3.1/ Le télétravail informel est partiellement généralisé.
  • I.3.2/ … mais aussi risqué, à la fois pour les employeurs et pour les salarié(e)s.
  • I.3.3/ Travail à distance et temporalités, la question de l’élasticité de la journée de travail.
  • I.3.3.1/ Où commence le travail ?
  • I.3.3.2/ Une nécessité professionnelle de réactivité.
  • I.3.3.3/ Interpénétration des vies privées-professionnelles : trouver la limite
  • I.3.3.4/ Quelques dérapages existent, entre zèle et conscience professionnelle
  • I.4/ Un contexte technologique et économique de plus en plus favorable
  • I.4.1/ Le télétravail repose sur les infrastructures et les services du haut et du très haut débit
  • I.4.2/ Un équipement nécessaire de moins en moins coûteux déjà présent dans les entreprises .
  • I.4.3/ La volatilité des courts des hydrocarbures : un risque autant pour les entreprises que les actifs .
  • II / L’enquête 2011
  • II.1/ Les PME et les grandes entreprises tertiaires de l’échantillon, en Aquitaine
  • II.1.1/ Les établissements enquêtés sur les territoires aquitains
  • II.1.2/ Localisation et typologie des établissements ayant répondu
  • II.2/ Les résultats de l’enquête.
  • II.2.1/ Le télétravail : une pratique identifiée
  • II.2.2/ Relier qualité de vie et efficacité professionnelle.
  • II.2.2.1/ Une demande salariée croissante en France .
  • II.2.2.2/ Augmenter le pouvoir d’achat des salarié(e)s sans augmenter le salaire
  • II.2.2.3/ Une flexibilité horaire et fréquentielle totale : concilier vies privée et professionnelle
  • II.2.2.4/ Le risque du télétravail à temps complet : le sentiment d’isolement
  • II.2.2.5/ Une mauvaise réputation répandue, liée à des abus et des mauvaises pratiques
  • II.3/ Télétravailler confère aussi des avantages quant aux conditions de travail
  • II.3.1/ Pouvoir se concentrer au calme .
  • II.3.2/ Une mission, des objectifs, un délai
  • II.3.3/ Le télétravail aide à l’insertion des travailleurs handicapés
  • II.4/ Près d’un établissement sur deux pourrait télétravailler d’ici 2016
  • II.4.1/ Un établissement sur quatre ayant répondu pratique le télétravail
  • II.4.2/ Un établissement sur cinq ayant répondu envisage le télétravail d’ici 5 ans au plus tard .
  • II.4.3/ Plus de la moitié des établissements n’est pas intéressée par le télétravail
  • III/ Dépasser le télétravail : le travail collaboratif en réseau
  • III.1/ Où télétravailler : télécentre, tiers lieu ou à domicile ?
  • III.1.1/ Le travail collaboratif : vers un réseau économique et social territorial
  • III.1.2/ Un réseau de tiers-lieux qui se structure lentement en France
  • III.1.2.1/ L’Aquitaine n’est pas en reste
  • III.1.2.2/ Une solution alternative sous employée : les Points d’Accès Publics à Internet
  • III.2/ Ne répondre qu’aux besoins, là où ils sont
  • III.2.1/ Trop grand, trop cher, mal identifié, peu d’usagers : le piège de l’effet structurant
  • III.2.2/ Le tiers-lieu : un outil qui s’inscrit dans une politique territoriale transversale..

    Quelques ressources pratiques :

  • En téléchargement gratuit, une évaluation très intéressante des télécentres dans les territoires ruraux français, menée par l’ANR (Agence nationale de la Recherche) mettant en lumière les facteurs d’échec et de succès, apportant une identification des télécentres en France : http://discotec.univ-lyon3.fr/
  • En téléchargement gratuit le Guide du télétravail, nouveau mode d’emploi à destination des entreprises, de leurs salariés et des indépendants , rédigé pour le projet Soho-Solo de la CCI du Gers. Au sommaire de ce guide, un point sur le télétravail (chiffres, réglementations, bénéfices et risques, métiers concernés…), sur l’organisation (comment s’y mettre, où télétravailler) et une 2e partie consacrée aux outils du travail collaboratif à distance et de développement de son activité : http://www.zevillage.net/pdf/Guide-teletravail-CCI-Gers-Zevillage-2011.pdf

Pour plus d’infos, vous pouvez prendre contact avec l’auteur du rapport : Grégory Moullec, ingénieur d’étude RAUDIN : gregory.moullec@u-bordeaux3.fr

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Les mots du télétravail, source Zevillage